L’histoire de Hightouch débute en 2019, quand trois jeunes fondateurs (Tejas Manohar, Kashish Gupta et Josh Curl), anciens employés de Segment, une plateforme de données clients rachetée par Twilio, lancent leur propre startup. Leur constat de départ : les entreprises accumulent des montagnes de données chez Snowflake, BigQuery, Databricks ou autres, mais ces données dorment. Elles sont répliquées et dispersées dans des outils qui travaillent en silos, sans jamais être vraiment exploitées de façon unifiée.
150 millions levés cette année en Serie D
Leur réponse prend la forme d’une Consumer Data Platform (CDP) dite “composable”, car capable de se connecter aux différents entrepôts de données existants. Les directions marketing peuvent ainsi accéder directement à l'intégralité de la donnée client, créer des audiences précises, générer des contenus personnalisés et les diffuser simultanément sur tous les canaux. Une proposition en concurrence directe avec celle des mastodontes Adobe ou Salesforce, par exemple, mais avec un avantage : l’absence de “legacy”, qui fait qu’Hightouch a nativement conçu sa plateforme pour cela.
Sept ans après sa création, Hightouch a bouclé au printemps 2026 une série D de 150 millions de dollars auprès de Goldman Sachs et Bain Capital Ventures, portant sa valorisation à 2,75 milliards de dollars. La société revendique aujourd'hui 100 millions de dollars de revenus récurrents annuels et plus de 1 000 clients dans le monde, dont Spotify, Domino's ou Warner Music Group. En France, où Hightouch a ouvert un bureau au printemps, Accor, Salomon et Adeo (Leroy Merlin) comptent parmi la douzaine de premiers utilisateurs.
Le pivot de l’IA agentique
Avec le boom de l’IA générative, Hightouch a fait évoluer son discours vers l’IA agentique et la promesse d’un marketing augmenté. “Notre objectif, c'est de remplacer l'intégralité des tâches rébarbatives au sein d'un service marketing”, résume Jennifer Timmerman, la VP Sales Europe South & MENA de l’entreprise, à l’occasion des Cannes Lions, le grand rendez-vous mondial de la pub et du marketing.
Concrètement, la plateforme intègre désormais des agents IA capables d'analyser des données en quelques minutes là où un humain passerait des semaines, de générer des dizaines de variantes de contenus, et d'orchestrer leur diffusion sur plus de 300 canaux et intégrations. Chez Salomon, par exemple, le nombre de personnes capables de créer des audiences marketing est passé d'une poignée à une trentaine, avec des campagnes conçues 14 fois plus rapidement. Chez Accor, la préparation d'une campagne est passée de trois semaines à quelques jours.
La prochaine étape ? Étendre l'IA agentique au “lifecycle marketing” (la relation avec les clients existants), puis à la personnalisation en temps réel des sites web, jusqu'à couvrir, à terme, l'intégralité des fonctions d'un service marketing.
Une proposition à 1,2 milliard de dollars
C'est sur ce fond de transformation des métiers du marketing et de la publicité que s'inscrit la proposition faite récemment à Publicis. Il ne s’agit rien de moins qu’une offre à 1,2 milliard de dollars pour lui racheter l’activité dédiée à l'intégration de données clients (“onboarding”) de LiveRamp, alors que ce spécialiste des infrastructures d'identité client est en train d’être acquis par le géant français de la pub, dans le cadre d’une opération à plus de 2,2 milliards de dollars.
“LiveRamp, c'est une infrastructure utilisée aujourd'hui par la majorité de l'écosystème. Quand une holding d'agences médias rachète ce genre de société qui possède et reconstitue des données clients, on peut légitimement se demander si cette infrastructure restera vraiment neutre”, explique Jennifer Timmerman, qui utilise une métaphore : c'est comme si un arbitre rachetait une équipe. Peut-être qu'il continuera à être impartial, mais le doute existe. Comme il existe déjà chez Google et Meta, qui sont juges et parties dans la mesure publicitaire.
Pour l’instant, Publicis n’a pas donné suite à la proposition, mais Hightouch continue à porter le sujet et profite des Cannes Lions pour faire passer le message. La startup y a notamment organisé notamment un dîner privé en partenariat avec The Trade Desk (un acteur clé de l’adtech que Publicis US avait récemment arrêté de recommander à ses clients) autour de la question “l'industrie publicitaire a-t-elle encore besoin d'acteurs neutres et indépendants pour orchestrer les données, la mesure et l'activation marketing ?”.