La guerre en Ukraine l’a démontré et la guerre en Iran l’a confirmé : la guerre du XXIe siècle se joue beaucoup dans le ciel avec des drones. Si les missiles de croisière ont toujours la cote auprès des armées les plus puissantes, les drones sont rapidement devenus incontournables depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Moins coûteux et plus rapides à fabriquer, ces petits engins volants ont révolutionné les combats aériens.
C’est dans ce contexte explosif que la startup tricolore Alta Ares a vu le jour en janvier 2024. Avec sa technologie anti-drones, elle s’est rapidement imposée comme l’un des fers de lance de la défense nouvelle génération en France. Aujourd’hui, la société annonce une série A de 50 millions d’euros menée par Air Street Capital, fonds européen spécialisé dans les technologies d’IA. Cherry Ventures, OTB Ventures et Harpoon ont également participé à l’opération. Celle-ci intervient après une levée de fonds de 2 millions d’euros.
Drones et missiles de croisière dans le viseur
Fondée par Stanislas Walch (ex-conseil réglementaire), Théo Bondarec (expert en computer vision), Hadrien Bernard (ingénieur software), Alain Henry (ex-IBM) et Hadrien Canter, cette pépite française de la défense développe des solutions d’IA embarquée pour analyser en temps réel des flux vidéo sur le terrain afin de repérer tout mouvement suspect qui ne serait pas visible par l’humain. De cette manière, l’objectif est d’automatiser l’identification et l’interception de la menace.
Dans ce cadre, Alta Ares déploie deux classes d’intercepteurs : le X-Lock pour neutraliser des drones comme le Shahed 136 fabriqué par l’Iran, et le Black Bird pour mettre en échec des missiles de croisière à l’image du Kh-101 utilisé par l’armée russe. Ces dispositifs critiques pour les forces qui l’utilisent font l’objet d’améliorations en continu, d’autant plus que le déclenchement de la guerre en Iran il y a trois mois a permis à la startup tricolore d’explorer un nouveau théâtre de conflit.
«Une année dans la défense vaut 100 années dans une vie normale»
Dans ce contexte, Hadrien Canter, co-fondateur et CEO d’Alta Ares qui passe son temps entre l’Ukraine et le Moyen-Orient ces derniers mois, doit démontrer la flexibilité et l’efficacité de ses produits pour répondre aux problématiques de ses clients. «Une année dans la défense vaut 100 années dans une vie normale. Par conséquent, la confiance de nos clients nous oblige à innover en permanence. Nous avons des systèmes qui doivent être adaptés aux enjeux du Moyen-Orient. Nous sommes sortis de notre zone de confort», reconnaît le dirigeant. «Il y a deux axes majeurs d’amélioration : la probability of kill et le cost of kill. Aujourd’hui, l’objectif pour nous est de parvenir à neutraliser les missiles de croisière», ajoute-t-il.
Pour améliorer le développement et le déploiement de ses systèmes sol-air combinant intercepteurs, logiciels de fusion de données, radars et IA embarquée, Alta Ares n’hésite pas à s’en remettre à l’expertise d’entreprises françaises spécialisées notamment dans les moteurs e les batteries. «On passe des commandes et on crée des emplois aussi bien directs qu’indirects dans toute la France. On contribue à créer tout un écosystème», se réjouit Hadrien Canter.
A une échelle plus large, c’est un écosystème tech de la défense ambitieux dans l’Hexagone qui se met en ordre de bataille depuis quelques années. «Il y a un engouement car le besoin est gigantesque. La mission est tellement complexe, mais plein d’acteurs émergent. C’est ce qui va permettre de créer une Europe forte de la défense», se réjouit le dirigeant. Parmi les pépites françaises de la défense qui ont le vent en poupe, on peut notamment citer Harmattan AI, dont les drones boostés à l’IA ont séduit la Direction générale de l’armement (DGA) et l'armée britannique. La startup de Mouad M’Ghari est d’ailleurs devenue une licorne en début d’année à la faveur d’un tour de table de 200 millions de dollars mené par Dassault Aviation.
Un nouveau site de production à Toulouse pour accompagner la phase d’hypercroissance
La société entend s’appuyer sur sa nouvelle levée de fonds pour conforter son statut de nouvelle référence européenne en matière de défense aérienne. Dans ce cadre, elle prévoit de doubler ses effectifs, qui comptent 70 collaborateurs à l’heure actuelle. La société compte aussi ouvrir de nouveaux bureaux au Moyen-Orient et en Asie, et renforcer les capacités de ses unités de production en France, avec un nouveau site qui sera pleinement opérationnel ce mois-ci à Toulouse, ainsi qu’en Ukraine. «Nous sommes en phase d’hypercroissance. Passer de 0 à 1, c’est fait. Maintenant, on passe de 1 à 10, puis il faudra passer de 10 à 100», souligne le patron d’Alta Ares, qui peut compter sur le soutien de la DGA dans son développement.
Pour mesurer l’efficacité de ses produits et les améliorer, Hadrien Canter n’hésite pas à se rendre près de la ligne de front. «Je vais aussi bien en Ukraine qu’au Moyen-Orient. J’entends souvent le bruit des Shahed. Cela me rappelle que nous sommes au bon endroit au bon moment», estime l’entrepreneur français. «En Ukraine, nous sommes clairement à un moment de bascule et je pense que nous pouvons être l’un des acteurs de défense majeurs dans la défense aérienne», ajoute-t-il. Dans l’enveloppe de 50 millions d’euros que vient de récupérer l’entreprise, 10 millions sont d’ailleurs fléchés vers l’Ukraine. Indiquant avoir signé ces dernières semaines «plusieurs millions d’euros de contrats au Moyen Orient, en Asie et en Europe de l’Est», la société précise qu’elle va annoncer «plusieurs partenariats stratégiques avec des acteurs majeurs de la défense» dans les prochains mois.