« Le ratio de défaillances des startups de la tech post série A se situe donc entre 25 et 30%. C’est le système VC », démarrent Sébastien Paillet, CEO, et Edouard Thibaut, COO, de ScaleX Invest. C’est donc la tendance de ces prochaines années, « à mesure que les startups terminent leur tour de financement », explique l’équipe. Dans les mois qui viennent, ce ratio va donc se stabiliser et de plus en plus de startups ayant levé au moins 5 millions d'euros, avec un dernier tour de table avant 2020, seront concernées par une procédure collective, une faillite ou un rachat à la barre du tribunal de commerce.
« La moitié de ces défaillances survenues en 2024 concernent des entreprises créées entre 2015 et 2019. On observe un décalage dans le temps, l’an dernier, les startup concernées étaient nées entre 2014 et 2017. Plus on avance dans le temps, plus on va intégrer des entreprises de 2019, 2020.» Cependant, on ne constate pas d’impact particulier selon la maturité des scaleup : 35% ont entre 6 et 8 ans, 24% entre 9 et 11 ans et 23% ont plus de 12 ans.
« 70% des défaillances interviennent dans les trois ans après le dernier tour de table »
ScaleX Invest s’est penché, dans une étude, sur la situation financière de près de 1500 startup françaises : créées après 2005, ayant levé au moins 5 millions d’euros en capitaux propres avec un dernier tour de table après 2015
Si la maturité de l’entreprise ne semble pas influer son exposition au risque, on note tout de même une corrélation avec la date de la dernière levée de fonds. Sébastien Paillet détaille : « 70% des défaillances interviennent dans les trois ans après le dernier tour de table. Ce sont des cycles assez rapides, ce qui s’explique par les risques pris par les investisseurs dans l’attente de rendements élevés. Les startups vont déployer assez vite et soit ça paye, soit ça casse. »
Des startups pénalisées par de trop fortes valorisations
Le retournement de marché démarré en 2022 confirme que dans les années précédentes, l’argent déployé était très fortement exposé au risque. Les investisseurs recherchaient moins de garanties dans l’effervescence de la French Tech de l’époque 2020 - 2022. Les défaillances actuelles ne sont pas dues à un manque de financement, mais à un mauvais product-market fit ou un business model mal calibré. Un constat partagé par ScaleX Invest. « Quand on regarde les KPI par entreprises, dans les entreprises en difficultés, le rendement par salarié est inférieur à 100 000 euros lorsque pour celles encore en activité, on est autour de 130 000, 140 000 euros », affirme Sébastien Paillet.
« Les moins bonnes entreprises qui ont réussi à se financer il y a quelques années sont pénalisées aujourd’hui par cet écosystème où il est plus difficile de lever des fonds et par des tours de tables réalisés avec de très fortes valorisations », rebondit Edouard Thibaut. Au-dela d’une « crise du financement de la tech », nous assistons plutôt à un assainissement économique de l’écosystème. À fin 2024, le total des investissements VC dans des entreprises en difficulté représentaient 3,2 milliards d’euros.