L’exposition médiatique ne repose pas sur un effet wahou, mais sur la capacité à s’inscrire dans une tendance de fond ou à proposer un récit différenciant. Et non, le fait d’exister n’est pas en soi une information. Le vrai défi : construire une narration solide, tout en comblant l’écart entre l’enthousiasme interne et la pertinence externe. Les fondateurs et les équipes célèbrent leurs étapes clés — et c’est légitime — mais ce qui ressemble à un tournant stratégique sur Slack n’est pas nécessairement un sujet pour les médias. Voici cinq enseignements que j’ai tirés pour donner de l’impact à vos prises de parole : faire émerger vos actualités, maintenir la motivation en interne, et éviter que vos nouvelles ne tombent dans l’oubli au fond d’une boîte mail.
1. Les médias ne vous ignorent pas. Ils attendent simplement une histoire plus forte.
Les journalistes sont inondés chaque jour. Seules les histoires les plus solides parviennent à percer. Un nouveau programme d’accompagnement pour les fondateurs ? S’il n’est pas particulièrement innovant ou inscrit dans une transformation sectorielle, il ne retiendra pas l’attention.
Ce type d’initiative est utile, non pas pour générer une couverture immédiate, mais pour nourrir une narration long terme. Prenez l’exemple de l’initiative PALM, portée par Serena et Ring : une association à but non lucratif visant à promouvoir la diversité dans la French Tech. Le lancement n’a pas suscité d’écho immédiat dans la presse, mais l’initiative a été citée dans Les Echos dans un article de fond sur la montée en puissance du mécénat chez les acteurs de la tech française.
Il en va de même pour une levée de fonds seed à 1,5 million d’euros. C’est une étape importante — mais dans un univers où les montants se chiffrent en centaines de millions, elle ne sera pas différenciante… à moins d’avoir inventé la téléportation ou une solution miracle contre le réchauffement climatique.
À la place, repositionnez votre annonce dans un récit plus large. Une startup d’agriculture régénérative, par exemple, pourra inscrire sa levée dans la tendance de la transition alimentaire. Ce n’est plus une simple opération financière : c’est une histoire sur le futur de notre alimentation.
2. L’enthousiasme de l’équipe est une richesse (mais aussi un piège)
VCs et fondateurs investissent beaucoup d’eux-mêmes dans chaque étape. Cette passion est le moteur de l’écosystème, mais elle peut biaiser le jugement. Ce qui semble « révolutionnaire » en interne ne l’est pas toujours aux yeux des médias.
Le rôle des communicants est ici clé : canaliser l’énergie de l’équipe tout en l’orientant vers un storytelling plus stratégique, plus impactant. Il s’agit d’amplifier ce qui compte vraiment, sans transformer chaque micro-avancée en annonce « game changer ».
Cela implique aussi une gestion fine des attentes : l’alignement entre priorités internes et logique médiatique. Et non, demander un portrait dans la presse pour un fondateur ou un VC partner ne suffit pas. Si c’était le cas, tous les CEO de la tech seraient déjà dans Bloomberg.
Les journalistes ne distribuent pas des portraits comme des médailles de participation. Ils s’intéressent à des trajectoires remarquables, à des chiffres hors normes ou à des exits exceptionnelles — pas à ceux qui réclament simplement une mise en lumière.
3. Ne grillez pas vos cartouches auprès des journalistes
Multiplier les relances n’est pas toujours une bonne stratégie. Bombarder un journaliste avec des infos peu pertinentes ou des demandes irréalistes se retournera contre vous. L’un d’eux me confiait récemment : « Je reçois 500 pitches par jour. Je ne peux pas couvrir 99 % d’entre eux. » (Traduction : si vous me faites perdre mon temps, je m’en souviendrai.)
Les journalistes comptent sur les communicants pour leur proposer des histoires solides, pas pour saturer leur boîte mail. Respectez leur temps, comprenez leur cadence de travail… et par pitié, évitez les « Juste un petit follow-up suite à mon email d’il y a 6h ». C’est le meilleur moyen de finir en spam.
Le bon réflexe : gardez vos cartouches pour les moments clés. Si vous voulez qu’on vous prenne au sérieux, soyez la personne qui ne contacte un journaliste que lorsqu’il y a vraiment une histoire à raconter.
4. LinkedIn est le MVP des actus sous-cotées
Quand la presse ne suit pas, LinkedIn vous permet de garder un lien direct avec votre audience. Encore faut-il bien s’en servir.
D’abord, en matière de leadership d’opinion : encouragez les fondateurs et les VC partners à publier régulièrement sur les tendances du marché, les coulisses de leur métier, ou leurs convictions. Un bon point de vue, bien placé, peut générer une belle visibilité (mais évitons les prises de position artificielles juste pour faire de l’engagement). Des posts pertinents peuvent aussi attirer l’œil de journalistes ou nourrir des opportunités futures.
Un journaliste ne couvrira peut-être pas votre levée aujourd’hui — mais si votre équipe publie régulièrement des contenus intelligents, elle deviendra une source naturelle la prochaine fois qu’un sujet émergera.
Ensuite, en tant que levier d’amplification : toutes les annonces ne feront pas les gros titres, mais une campagne LinkedIn bien pensée peut avoir plus d’impact que certains articles. Un post de levée avec une photo d’équipe ou une vidéo de 30 secondes où le fondateur partage le « pourquoi » peut faire la différence. Encore mieux avec des contenus en coulisses : l’authenticité paie toujours.
Et non, la page entreprise ne suffit pas. Les profils personnels performent beaucoup mieux. Impliquez toute l’équipe, fournissez-leur des prompts adaptés (merci ChatGPT), des templates, et des visuels qui attirent l’œil.
5. Célébrer les victoires — grandes ou petites
Une victoire reste une victoire. Et elle mérite d’être célébrée, même sans couverture presse. Si une équipe franchit une étape et que personne ne le souligne, a-t-elle vraiment eu lieu ?
Organisez des points d’étape réguliers, où vous partagez les « victoires visibles » (articles, posts LinkedIn viraux) mais aussi les « victoires silencieuses » (progrès opérationnels, retours clients, optimisations).
Soulignez les succès sur LinkedIn : un post qui cartonne, une montée en puissance du nombre d’abonnés d’un collaborateur, etc. Ces succès créent une dynamique, et un effet FOMO bienvenu. Si un membre de l’équipe devient une star de LinkedIn, les autres auront envie de s’y mettre. En peu de temps, vous avez un collectif actif et engagé — sans même devoir spammer le Slack avec un énième « merci de repartager ce post ».
C’est un cercle vertueux : plus l’équipe prend la parole, plus l’entreprise gagne en visibilité. Et plus vous êtes visible, plus les médias finiront par venir à vous. La prochaine fois qu’un journaliste cherchera un expert, il passera peut-être par vos DMs.
En résumé
Le marketing est un exercice d’équilibriste : amplifier ce qui compte vraiment, gérer les attentes, et construire des relations durables avec les médias.
En cultivant la confiance, en utilisant intelligemment LinkedIn, et en valorisant chaque victoire, même les plus petites, vous maximisez vos chances de retombées — sans gâcher vos munitions. Maîtrisez cet équilibre, et la prochaine fois qu’un journaliste cherchera un expert… ce sera peut-être vous qu’il appellera.