Aucun secteur n’échappe à la révolution de l’intelligence artificielle, encore moins celui de la relation client. Dans ce contexte, les acteurs qui proposent des logiciels CRM (Customer Relationship Management) accélèrent pour injecter des briques d’IA dans leurs solutions.
Parmi eux, la startup française Brevo (ex-Sendinblue) annonce qu’elle va déployer 50 millions d’euros au cours des cinq prochaines années pour monter en puissance dans l’IA. Dans ce cadre, la société, qui vient tout juste d’inaugurer son nouveau siège dans le 17e arrondissement de Paris, lance dans la capitale le «Brevo AI Lab», une structure « pour accélérer le développement des agents IA permettant à nos clients d’entrer dans l’ère de l’ultra personnalisation du marketing », indique Armand Thiberge, fondateur et CEO de Brevo.
Si l’entreprise tricolore entend principalement s’appuyer sur des modèles européens, comme ceux de Mistral AI, elle mise sur des modèles open source conçus en dehors de l’Hexagone, comme Llama de Meta. « DeepSeek est intéressant aussi », note Armand Thiberge, alors que la pépite chinoise a fait sensation en ce début d’année.
179 millions d’euros de revenus annuels récurrents en 2024
Au-delà de l’utilisation croissante de l’IA, Brevo s’est attelé ces dernières années à élargir son périmètre d’action. Initialement centrée sur l’e-mail marketing, la société a depuis étoffé son arsenal de services marketing alimentant sa solution CRM tout-en-un (e-mail, SMS, marketing automation, gestion des ventes, chat…), de manière à mieux épauler les TPE et les PME dans leur transformation numérique, mais pas seulement.
En effet, Brevo a lancé de nouvelles offres dédiées aux grands comptes et aux clients mid-market, ce qui lui a permis de séduire des entreprises comme Carrefour, Louis Vuitton, H&M ou encore Doctolib. « Notre offre Enterprise de Brevo a connu une croissance deux fois plus rapide que le reste du groupe et représente désormais un quart de notre chiffre d’affaires », se réjouit Armand Thiberge. « Cela s’inscrit dans notre stratégie de diversification entamée il y a trois ans pour repositionner la marque. Cette diversification commence à payer, avec une croissance sur tous les segments », ajoute l’entrepreneur.
Cette croissance est aussi très internationale, puisque Brevo réalise 70 % de ses revenus en dehors de la France. Ce sont les États-Unis (15 %) et l’Allemagne (15 %) qui représentent les marchés où l’activité de l’entreprise est la plus forte à l’étranger. Ces derniers ont contribué à faire progresser de 32 % la croissance sur l’activité organique l’an passé. L’exercice 2024 a été bouclé avec 179 millions d’euros de revenus annuels récurrents (ARR), contre 142 millions un an plus tôt. Devenue rentable en 2023, la société a maintenu le cap au cours de l’année écoulée pour faire gonfler sa trésorerie.
« On adore le M&A »
Dans ce contexte, Brevo ne fait pas d’une nouvelle opération de financement une priorité absolue, mais l’entreprise n’écarte aucune option. La dernière opération remonte à 2020 et il s’agissait d’un premier LBO de 140 millions d’euros. « Un nouveau cycle va s’ouvrir et ce sera probablement avec un nouvel investisseur. Cela pourrait arriver en 2025 ou 2026 », estime Armand Thiberge.
En cas de nouveau LBO, Brevo pourrait ainsi avoir les coudées franches pour réaliser de nouvelles acquisitions. Elle a déjà racheté pléthore d’entreprises ces dernières années, à l’image de MeetFox, Model, Octolis, Wonderpush ou encore Captain Wallet. « On a fait une petite pause sur les acquisitions, car il faut intégrer les solutions et les équipes. Rien ne se concrétisera en 2025, mais clairement, on adore le M&A et on va continuer à en faire dans les prochaines années », assure le patron de la société française. L’heure est donc à l’optimisme dans les rangs de Brevo dans une French Tech parfois anxieuse et morose ces derniers temps, qui a retrouvé un peu d’élan en marge du Sommet pour l’Action sur l’IA la semaine passée.