L’idée de CentraleSupélec Venture germe en 2022 dans l’esprit de Jean-Marc Patouillaud (Partech) et Pierre Martini (ISAI), tous deux anciens élèves de l’école, qui observent l’essor des fonds d’alumni aux États-Unis. « Le concept repose sur une boucle vertueuse : des alumni expérimentés financent les projets des plus jeunes, tout en générant des retours pour la Fondation et l’Association CentraleSupélec Alumni, en partageant la surperformance du fonds », explique Jean-Marc Patouillaud. « Les frais de scolarité de l’enseignement scientifique supérieur en France sont quasiment gratuits par rapport à d’autres pays. En général, en tant qu’alumni on se sent très redevable de l’établissement qui nous a formés », ajoute-t-il.

Grâce à un premier closing réalisé en moins d’un an, le fonds prend vie avec l’appui de 140 alumni, représentant une collecte moyenne légèrement supérieure à 120 000 euros par souscripteur. L’ambition : atteindre 20 millions d’euros d’ici avril 2025 pour financer environ 25 startups. Une partie des profits bénéficiera directement à l’école, pour le financement de bourses et de nouvelles initiatives académiques.

Une thèse d’investissement structurée et ambitieuse

Avec des tickets initiaux allant de 200 000 à 500 000 euros, CentraleSupélec Venture se concentre sur des startups en amorçage, avec un potentiel de réinvestissement pouvant atteindre 2 millions d’euros par entreprise. Les projets doivent répondre à un critère principal : un lien direct avec l’écosystème de l’école, que ce soit via un cofondateur, un passage par les laboratoires ou une collaboration avec l'accélérateur 21st de CentraleSupélec.

Le fonds accorde une importance particulière à la deeptech, secteur historique de l’école, mais ne s’y limite pas. Les domaines liés à la transition industrielle et environnementale, à la santé ou encore à l’intelligence artificielle figurent également parmi ses priorités. « Notre positionnement nous permet de financer des projets très technologiques dès leur genèse, un besoin encore peu adressé par le marché », souligne Cédric Curtil, directeur du fonds.  

Un modèle de sourcing qui s’appuie sur la Data

Au-delà de l’investissement financier, CentraleSupélec Venture mise sur un accompagnement précis, facilité par un système d’information performant. « Nous avons développé un modèle Data-Driven qui nous permet de traiter efficacement les plus de 600 dossiers reçus en un an », explique Cédric Curtil. Ce système croise les données issues du deal flow avec le réseau des alumni souscripteurs, qui peuvent ensuite choisir de s’impliquer en tant qu’experts techniques ou de marché.

« Lorsqu’un projet nécessite un avis externe, nous sollicitons rapidement une dizaine de souscripteurs via notre plateforme, en accord avec la startup. Cela permet d’obtenir des insights pointus tout en respectant la confidentialité », détaille-t-il. Un modèle agile, adapté à la taille du fonds. « Avec 20 millions d’euros, nous devons faire preuve de finesse dans nos approches, là où un fonds de 600 millions aurait des moyens différents », confie le directeur du fonds.

Un an d’activité, déjà des résultats concrets

Depuis son lancement, CentraleSupélec Venture a étudié plus de 1000 dossiers et réalisé quatre investissements. Parmi les startups du portefeuille, on retrouve ScientaLab, spécialisée dans l’immunologie de précision, En Carta Diagnostics, une biotech développant une plateforme de diagnostic moléculaire rapide, capable d’identifier des maladies comme Lyme en quelques minutes, Highcast, un logiciel qui optimise la planification industrielle et énergétique des sites de production en intégrant les contraintes économiques et environnementales, ou encore Trace for Good, une solution innovante de traçabilité qui aide les entreprises à contrôler leurs chaînes d’approvisionnement pour garantir leur conformité sociale et environnementale.

Ces premiers investissements illustrent la diversité des secteurs ciblés par le fonds, avec un ancrage technologique fort et un impact direct sur les défis industriels et environnementaux. Avec un portefeuille en croissance et une communauté d’alumni mobilisée, CentraleSupélec Venture s’impose comme un modèle innovant dans l’écosystème du capital-risque français. « Nous sommes convaincus que ce modèle hybride, mêlant esprit d’école et professionnalisme VC, a un rôle clé à jouer dans l’émergence des technologies de demain », conclut Cédric Curtil.